La théologie portative
La théologie portative
169 pages
La Théologie portative est un petit dictionnaire attribué officiellement de façon malicieuse à l’abbé Bernier, mort au moment de la parution, dans lequel D’Holbach brocarde avec humour et causticité la religion chrétienne, sorte de « dictionnaire des idées reçues » composé par « le premier philosophe ouvertement athée de l’histoire de la philosophie française », comme l’écrit Michel Onfray dans son Traité d'athéologie.
Ce petit ouvrage décapant représente un moment savoureux de la « Révolution avant la Révolution », annonçant la libération alors prochaine de la dictature religieuse. Parue clandestinement en 1768, la Théologie portative circulait dejà à Paris en août 1767 : D’Alembert demande le 14 à Voltaire s’il l’a lue. Le 15 août la Correspondance littéraire signale sa rareté. Le 22, D’Alembert précise à Voltaire que les exemplaires viennent de Hollande et le même jour Voltaire en réclame un exemplaire à Damilaville. Diderot signale la Théologie portative à Sophie Volland le surlendemain, et les Mémoires secrets de la République des Lettres de Bachaumont la signalent le 29 octobre. D’Holbach n’en parle que le 10 décembre dans sa lettre à Wilkes pour dire qu’elle est introuvable à Paris et qu’on a plus de chances peut-être de la trouver à Londres.
La Théologie portative fut dénoncée devant le parlement de Paris le 16 février 1776 et condamnée à la lacération et au bûcher.
Voltaire nous apprend dans sa correspondance de 1767 : « Depuis trois mois il y a une douzaine d’ouvrages d’une liberté extrême imprimés en Hollande. La Théologie Portative n’est nullement théologique, ce n’est qu’une plaisanterie continuelle par ordre alphabétique ; mais il faut avouer qu’il y a des traits si comiques que plusieurs théologiens mêmes ne pourront s’empêcher d’en rire. »
D’Holbach, et probablement aussi son secrétaire Naigeon, y manient en effet avec vigueur l’arme voltairienne par eÎllence : l’ironie. Feignant de défendre le christianisme, ils le raillent avec mordant et dévoilent avec vigueur et drôlerie les ridicules de la superstition religieuse. Cependant, sous l’aspect frondeur et les brocards, sous l’humour et l’ironie, c’est le bon sens, l’intelligence et la raison qui sont à l’oeuvre, revendiquant tolérance, mesure et liberté de penser.

