La dernière tournée
La dernière tournée
400 pages
Comment un lecteur de Rio peut-il s'intéresser à ces quatre personnages, des gens très ordinaires de la banlieue sud de Londres qui, en Mercedes 380-S Class intérieur cuir (d'occase), convoient les cendres d'un défunt boucher vers Margate? Le récit, une série de monologues intérieurs en cockney, ne se prête pas aux voyages intercontinentaux. La Dernière Tournée, de prime abord, ressemble à un livre régionaliste, c'est-à-dire chiant. Ce qui voyage bien, c'est la manière dont ces héros sans grâce s'en tirent, dans les conditions poignantes de leur existence. Pour la première fois, des banlieusards accèdent à la noblesse. «Ces personnages, je ne les connais pas, dit Swift. Mais j'en ai croisé toute ma vie.» C'est peut-être à Bermondsey qu'il faut enquêter sur cet écrivain subtil, extraordinairement humain. Il y situe l'action du livre. A l'eÎption de ses études, il a baigné dans ce liquide amniotique. Comme ses parents. Né après la guerre mondiale, Swift a vu les dégâts causés par le Blitz et pressenti la terreur. La maison de sa mère avait été détruite en 1941. Le père de Graham Swift, fonctionnaire au National Debt Office, supportait son état en attendant la retraite. Mort il y a quatre ans, il a été incinéré, comme le Jack du roman, dont le bocal de cendres enveloppé dans un sac de victuailles se balade de pub en cathédrale, avant la dispersion à Margate.

