Dialogue avec les morts
Dialogue avec les morts
288 pages
Ce jour où je revenais, soixante ans plus tard, quelqu’un, dans cette désolation, habitait toujours la ferme où j’avais vécu, mais ne se montrait pas. Personne n’est sorti pour me demander qui j’étais, ce que j’étais venu faire ni ce que je cherchais. Dans ce pays de bocage, l’étranger était toujours assez mal reçu ; il apportait l’extérieur, c’est-à-dire le mal.
J’ai vu, en un instant, dans cette solitude et dans ce silence, la seconde mort des paysans, leur mort définitive.
Quand je songeais à la Mayenne, à la terre maternelle d’où j’étais venu, l’image avait gardé ses traits, sa profondeur, sa lumière. Mais la terre paternelle demeurait inaccessible, c’était un lointain, une ombre bleutée. On venait d’un pays natal, mais on n’atteindrait pas la patrie, qui resterait un horizon. »
« Je suis toujours en retard d’une indignation. » Voilà une bonne vingtaine d’années que Jean Clair, de son vrai nom Gérard Régnier, nous dit tout le mal qu’il pense du monde d’aujourd’hui, épanchant sa bile aussi bien sur le mercantilisme de l’art contemporain que sur une société dont les valeurs humanistes s’effondrent. L’habit vert et ses soixante et onze printemps n’ont pas étouffé les ardentes, et souvent salutaires, colères de ce mélancolique atrabilaire.
Thierry Clermont
Jean Clair, de son véritable nom Gérard Régnier, né le 20 octobre 1940 à Paris, est un conservateur général du patrimoine, écrivain, essayiste volontiers polémiste et historien de l’art français.
Ancien directeur du musée Picasso, il est membre de l’Académie française depuis mai 2008.

