Mon livre surprise
Les Amateurs de Vieux Livres
Les Amateurs de Vieux Livres
[cf. BBF, mars 1995 - Philippe Hoch ]
Dans Les Amateurs de vieux livres, texte paru une première fois dans le Bulletin du bibliophile (1840-1841) et qui n’est pas sans rappeler les nombreuses Physiologies, balzaciennes et autres, composées à cette époque, Lacroix élabore une plaisante typologie, celle des personnages parfois fort curieux qui animent le petit monde du livre ancien. Défilent de la sorte le « bouquiniste à la mode », dont la « boutique est un salon d’académie où se tiennent les plus doctes conférences », le « bouquiniste de vieille roche », qui « s’est caché au monde extérieur et retiré dans la muette compagnie des livres », ou encore « le bouquiniste avare », cet « ennemi du genre bibliographique ». Et voici les étalagistes, qui exposent leurs infortunés volumes au vent et à la pluie ; les redoutables épiciers, occupés à dépecer et à détruire les ouvrages qui tombent entre leurs mains.
Quant aux bibliomanes, ils sont tantôt du genre des « thésauriseurs » (leur bibliothèque, jalousement gardée, « est un sérail où les eunuques mêmes n’entrent pas »), tantôt ils appartiennent à celui des « vaniteux », exhibant leurs Elzeviers comme on le ferait de faïences orientales, préférant l’ostentation à la lecture. L’envie, l’inconstance et la monomanie ne sont pas non plus étrangères aux victimes de la bibliomanie. A l’opposé, « les bibliophiles trouvent du bonheur partout où l’on trouve des livres. Le bibliophile n’a que faire d’avoir des livres à soi, puisqu’il les aime pour eux-mêmes, avec dévouement, avec sympathie ». Enfin, pour le bouquineur, le bonheur réside moins dans la possession que dans la quête et dans l’enquête ; à ses yeux, « il y a une félicité incomparable à chercher, à trouver... ».

